treizieme siecle

 


 

 

 

GILBERT de BERNEVILLE
  ( ?- 1270 )

 

Originaire comme son surnom l'indique, Gilbert de Berneville (Pas de Calais). Parait avoir appartenu dès avant 1250 au Puy d'Arras et à la confrérie des jongleurs et bourgeois de cette ville, non sans fréquenter les cours seigneuriales du nord de la France, et notamment celle de Brabant. 
De son œuvres nous restent une trentaine de pièces, dont 23 chansons d'amour.

 
 

C'est moi, dolent, qui chante pour vous :
Je viens au jour sous le dernier croissant ;
Je n'ai jamais connu de mon vivant
Deux heureux jours.
Je me nomme : " Malchanceux en amour ".

Toujours je vais implorant grâce :
" Amour, aidez votre desservant ! "
Et jamais rien je n'ai pu y trouver
En guise de secours.
Je me nomme : " Malchanceux en amour ! " 
Hé ! traîtres médisants,
Parlez-vous assez méchamment !
Vous avez spolié maints amants
De leurs bénéfices.
Je me nomme : " Malchanceux en amour ! "

C'est un fait : la pierre d'aimant
Ne cherche pas le fer autant
Que je ne désire ardemment
Un air affable.
Je me nomme : " malchanceux en amour ! "

 

 


   
 

COLIN MUSET
(né vers 1210)

 

 

 

Il est probable que ce ménestrel actif au deuxième tiers du XIII siècle est originaire de la Champagne. 
Son nom sans doute un pseudonyme, est emblématique d’un poète qui construit son personnage avec une verve à la fois vive et fantasque et dont l’art est très sur et parsemé de négligences : Colin Muset prends ses distances avec la forme et les clichés du lyrisme courtois.
 
 

L’hiver, je suis fâché s’il a autant duré,
De ne pas voir de rossignol au bois ramé,
Et sitôt que je vois le temps renouvelé,
Il me faut être cet été
Plus gracieux et enjoué que je ne l’ai été.

Une bonne dame belle et blonde l’a conseillé ;
C’est bien normal que je fasse comme elle veut,
Car mon cœur avait sombré dans le désespoir :
Sa douce autorité me le rend délivré ;
Elle a mis ma pensée dans une joie intense
Me montrer joyeux, je ne m’y refuserai jamais,
Puisque ma dame le veut, d’un air franc,
Et pour son amour, j’y ai si bien mis ma pensée
Que je ne pourrais trouver, il me semble,
Une dame d’une si grande valeur ni d’un tel prix.

Les médisants ont mis l’univers mal en point,
De sorte que ce monde n’est plus ni courtois ni joli ;
Et néanmoins si l’on était un amant loyal, 
Que l’on ne fut pas fou, rustre ni malappris,
On pourrait avoir une joie intense à son gré !

Sa beauté, ses yeux lumineux, ses doux sourires
Me rendent gracieux et gai : je suis plus tendre
Que je n’avais jamais été, je vous l’assure.

C’est la meilleure qui soit d’ici jusqu’à Paris.

 

 



QUAND JE VOIS L'HIVER REVENIR


Quand je vois l'hiver revenir,
Je voudrai bien me reposer.
Si je pouvais trouver un hôte
Large, qui ne voulut pas compter,
Qui eût porc et bœuf et mouton,
Canards, faisans et venaison,
Grasses gelines et chapons
Et bons fromages sur clayon,

Et que la dame fût aussi
Courtoise que l'est le mari,
Et tout le temps fit mon plaisir,
Nuit et jour, jusqu'à mon départ,
Et qu l'hôte n'en fût pas jaloux
Mais nous laissât souvent tout seuls, 
Je ne serais pas désireux
De suivre en chevauchant, couvert de boue,
Un mauvais prince coléreux.

   

 

 

 

 
 

THIBAUT de CHAMPAGNE

(1201 - 1253)

Arrière petit fils d'Aliénor d'Aquitaine et petit fils de Marie de champagne, le comte Thibault IV passe une partie de son enfance à la cour du roi Philippe Auguste. Il devient roi de Navarre en 1234 . Politique, versatile mais fin lettré, trouvère estimé de son vivant, il laisse 71 pièces lyriques, dont 37 chanson d'amour.

 
 

 

 

L'autre jour, en me promenant
Sans compagnon,
Sur mon palefroi, pensant
A faire une chanson,
J'entendis, je ne sais comment,
Près d'un buisson
La voix du plus bel enfant
Que personne n'eut jamais vu ;
Et ce n'était pas une enfant
Si elle n'avait pas eu quinze ans et demi :
Jamais je ne vis créature 
De tournure si gracieuse.
Allant vers elle aussitôt,
Je lui parlai :
" Belle, dites moi, pour Dieu,
Comment vous vous nommez. "
Elle bondit sur-le-champ
A son bâton :
" Avancez davantage,
Et vous aurez des coups.
Seigneur, détalez d'ici !
Me soucier d'un tel ami ?
J'ai choisi beaucoup plus beau :
On l'appelle Robeçon ! "
Quand je la vis s'effrayer
Si fortement,
A ne daigner me regarder 
Ni changer d'attitude,
Je m'employai à penser
A la manière
Dont elle pourrait m'aimer
Et changer son désir.

Au sol je m'assis près d'elle ;
Plus je regarde son clair visage,
Plus mon cœur est épris,
Ce que redouble mon désir.

Alors je me mis à lui demander
Bien gentiment
De daigner me regarder
Et changer d'attitude.
Elle commence à pleurer
Et dit alors :
" Je ne peux vous regarder
Et ne sais votre but ! "
Je me rapproche et lui dis :
" Ma belle, pour Dieu, pitié ! "
Elle rit et répondit :
" Arrêtez, à cause des gens ! "

Devant moi je la fis monter
Tout de suite
Et sans détour m'en allai
Vers un bois verdoyant.
Jetant un œil sur les prés, 
J'entendis crier
Deux bergers qui dans les blés,
Approchaient en huant
Et faisaient beaucoup de bruit.
Je fis plus que je ne dis ;
Je la laisse et je m'enfuis :
Je me souciais peu de ces gens !

 

 

 

 


   
 

GUIOT de DIJON

(premier tiers du XIII eme siecle)

Ce trouvère bourguignon, protégé par plusieurs familles seigneuriales de la Champagne méridionale, fut actif durant le premier tiers du XIII e siècle. Sur les 23 chansons qui lui sont attribuées dans les manuscrits médiévaux, 6 paraissent d’attribution certaine.  
   

 

 

 

Si je chante c’est pour mon cœur
Que je souhaite réconforter :
Avec le tort que je subis,
Je n’entends mourir ni sombrer,
Lorsque de la terre sauvage
Je n’en vois nul s’en retourner,
Où est celui qui rassérène
Mon cœur quand j’en entends parler.
Dieu quand ils crieront : "Outrée !"
Seigneur, aidez le pèlerin
Pour qui je suis épouvantée :
Ils sont cruels, les Sarrasins !

Je souffrirai dans cet état
Jusqu’à le voir retraverser
N’est il pas en pèlerinage ?
Que Dieu l’en fasse retourner !
En dépit de tout mon lignage,
D’occasion je ne veux trouver
D’être à un autre en mariage :
J’entends des fous pour en parler !
Dieu quand ils crieront : " Outrée ! ",
Seigneur, aidez le pèlerin
Pour qui je suis épouvantée :
Ils sont cruels, les Sarrasins !

Ce qui me met le cœur en peine,
C’est qu’il n’est pas dans ce pays,
Lui dont souvent je me tourmente,
A n’en pouvoir jouer ni rire.
Il est beau, je me sais plaisante :
Seigneur Dieu, qu’as-Tu fais ainsi ?
Quand l’une est désirée par l’autre,
Dieu quand ils crieront : " Outrée ! "
Seigneur, aidez le pèlerin

Pour qui je suis épouvantée :
Ils sont cruels, les sarrasins ! 

Ce qui rassure mon attente,
C’est que son hommage j’ai pris ;
Et quand la douce bise vente,
Qui parvient de ce doux pays
Où est celui qui me rend aimante,
J’y tourne à plaisir mon visage :
J’ai l’impression de le sentir
Par dessus mon manteau gris.
Dieu quand ils crieront : " Outrée ! ",
Seigneur, aidez le pèlerin
Pour qui je suis épouvantée :
Ils sont cruels, les Sarrasins !

Ce qui m’a grandement flouée ?
Ne pas l’avoir accompagné.
La chemise qu’il avait mise,
Il me l’a, pour l’étreindre, envoyée.
La nuit, quand son amour me presse,
Je la mets coucher près de moi,
Toute la nuit sur ma chair nue,
Afin de soulager mes maux.
Dieu, quand ils crieront : " Outrée !"»,
Seigneur, aidez le pèlerin
Pour qui je suis épouvantée :
Ils sont cruels, les Sarrasins !


   

 


 

Adam de La Halle

(ne au milieu du treizieme)








Illustration : couverture d'une édition moderne 
du Jeu de la Feuillée. 








Né vers le milieu du XIIIè s., Adam de La Halle, dit aussi Adam Le Bossu, était le fils de "maistre Henri", commis à l'échevinat, autrement dit employé de mairie.
Deux riches bourgeois d'Arras, les frères Lenormant, subvinrent à son éducation. En 1272, il dut quitter Arras et s'exiler à Douai, ce qu'il raconte dans un de ses poèmes, Le Congé. Plus tard, ménestrel à la Cour de Robert d'Artois, il suivit son maître à la Cour de Naples lorsque le comte alla prêter main-forte à Charles d'Anjou. Quelques années plus tard, il composa deux longues pièces, Le Jeu de la Feuillée (1275-1276) et Le jeu de Robin et Marion (1285).
Il mourut à Naples en 1287 en laissant une chanson inachevée, la Chanson de Sicile, à la gloire de Charles d'Anjou. Ses rondeaux ne peuvent être datés avec certitude.





 
  Au repairier en la douche contree
Ou je men cuer laissai au departir
Est ma douche dolours renouvelee
Qui ne mi laist de chanter plus tenir.
  Puis que d'un seul souvenir
  Jolis estre aillours soloie,
  Pour coi chi ne le seroie
  Ou je sai et voi cheli
     Qui me tient joli ?


On dist que point n'ai maniere muee
Pour le revel qui me plaist a sievir ;
Selonc sen mal et selonc se pensee
Se doit amans deduire et maintenir.
  Comment porroit cuers sentir
  Si douch mal sans estre en joie ?
  Car dou pis c'Amours envoie,
  Ch'est c'on desire merchi,
     Et il m'est ensi.


Mais tant me plaist cheste painne et agree
Que je le prench a savour de goïr ;
On prent en gré le cose presentee
Selon le lieu dont on le voit venir :
  Si doi en gré recueillir
  Mon mal, car miex m'i emploie
  Que se d'autre amés estoie,
  N'onques mais nus ne senti
     Mal si congoï.


Dame gentiex, de tout le mont amee
Pour vo bonté qui ne puet amenrir,
Douche, amoureuse ymage desirree,
Daigniés me en vo serviche retenir !
  Je ne quier autre merir
  Ne penser ne l'oseroie,
  Qu'encor m'est avis que soie
  Trop peu sousfissans d'estre y,
     S'Amours n'est pour mi


En vo gent cors ou Franquise est moustree
En vos vairs ex rians a l'entrouvrir,
Seant en une face colouree
Dont je ne puis iex et cuer espanir,
  Ains vous voi de tel desir
  Et si m 'entente i emploie
  C'avis m'est que je ne voie
  Adont chiel ne terre, si
     Me sench je ravi.


Cançon, je t'envoieroie
U ma dame est, se j'osoie ;
Mais le cuer n'ai si hardi :
Amours ! Donnés li !

 

 

 

 

A retourner à la douce contrée
Où, en partant, laissai mon coeur,
Ma douce douleur est recommencée,
Qui m'empêche de me retenir de chanter.
Puisque par un seul souvenir
Je vivais ailleurs plein d'entrain,
Pourquoi ne le serai-je ici
Où je la sais et la vois, celle
Qui me rend ardent ?


On dit que ma manière est inchangée
Pour la fête qu'il m'est agréable de faire ;
Selon son mal et selon sa pensée,
L'amant doit se distraire et se comporter.
Un coeur pourrait-il ressentir
Un si doux mal sans être en joie ?
Car au pis, ce qu'Amour envoie,
C'est le désir de la pitié :
C'est ainsi pour moi.


Cette peine me plait et m'agrée tant
Qu'elle prend pour moi la saveur du plaisir ;
On prend en gré la chose présentée
Selon l'endroit d'où on la voit venir :
Je dois en gré recevoir
Mon mal : j'y suis mieux engagé
Que si j'étais aimé d'une autre,
Et jamais nul ne ressentit
Un mal si bien accueilli.


Dame noble aimée de tout le monde
Pour votre valeur qui ne peut faiblir
Douce idole attirante et désirée,
Daignez me retenir à votre service !
Je ne cherche pas d'autres récompense
Et je n'oserai y penser :
Car il me semble même que je suis
Fort peu digne d'y figurer,
Si Amour n'est pas pour moi,



En votre corps gracieux où Noblesse paraît
En vos yeux vifs et riants, quand ils s'entrouvrent,
Régnant sur un visage coloré
Dont je ne peux priver mon coeur et mes yeux ;
Au contraire , je vous vois avec un tel désir
Et j'y mets tant mon attention
Qu'il me semble plutôt ne voir
Alors ni ciel ni terre, tant
Je me sens ravi.


Chanson, c'est moi qui t'enverrais
Où est ma dame , si je l'osais.
Mais je n'ai pas le coeur si hardi :
Amour ! Donnez-la lui !
 
  Boine amourette 
(rondeau XIV)


Boine amourette
Me tient gai.
Ma compagnete,
Boine amourette,
Ma cançonete
Vous dirai.
Boine amourete
Me tient gai.

 

 

 

 

 
  Li dous regard de ma Dame 

(rondeau II)

Li dous regars de ma Dame
Me fait esperer merchi.
Diex gard son gent cor de blasme,
Li dous regars de ma Dame.
Je ne vi onques par m'ame
Dame de plus plaisant que li.
Li dous regars de ma Dame
Me fait esperer merchi.

Fi maris de vostre amour (rondeau VI)

Fi maris de vostre amour
Car j'ai ami
Biau et de noble atour,
Fi maris de vostre amour,
Il me sert et nuit et jour,
Pour che l'aim chi.
Fi maris de vostre amour
Car j'ai ami.

Or est Baiars en la pasture (rondeau IX)

Or est Baiars en la pasture,
Hure,
Des deus piés defferés.
Il porte souef l'ambleure,
Or est Baiars en la pasture,
Avoir li ferai couverture
Au repairier des prés.
Or est Baiars en la pasture,
Hure,
Des deus piés defferés.

   




 

Rutebeuf

(1230-1285)

   
 

Contre le temps qu'arbre défeuille,
Qu'il ne remaint en branche feuille
Qui n'aille à terre,
Par pauvreté qui moi atterre,
Qui de toutes parts me muet guerre
Contre l'hiver,
Dont moult me sont changés les vers,
Mon dit commence trop divers
De pauvre histoire.
Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire,
Et pauvre rente,
Et froid au cul quand bise vente :
Le vent me vient, le vent m'évente
Et trop souvent
Plusieurs foïes sent le vent.
Bien me l'eut griesche en couvent
Quanques me livre :
Bien me paie, bien me délivre,
Contre le sou me rend la livre
De grand pauverte.
Pauvreté est sur moi reverte :
Toujours m'en est la porte ouverte,
Toujours y suis
Ni nulle fois ne m'en échuis.
Par pluie mouill', par chaud essuis :
Ci a riche homme !
Je ne dors que le premier somme.
De mon avoir ne sais la somme,
Qu'il n'y a point.
Dieu me fait le temps si à point
Noire mouche en été me poind,
En hiver blanche.
Issi suis comm' l'osière franche
Ou comm' les oiseaux sur la branche :
En été chante,
En hiver pleure et me guermante,
Et me défeuille aussi comm' l'ente
Au premier gel.
En moi n'a ni venin ni fiel :
Il ne me remaint rien sous ciel,
Tout va sa voie.
Les enviails que je savoie
M'ont avoyé quanques j'avoie
Et fourvoyé,
Et fors de voie dévoyé.
Fols enviaux ai envoyé,
Or m'en souviens.
Or vois-je bien, tout va, tout vient :
Tout venir, tout aller convient,
Fors que bienfait.
Les dés que les déciers ont fait
M'ont de ma robe tout défait ;
Les dés m'occient,
Les dés m'aguettent et épient,
Les dés m'assaillent et défient,

Ce pèse moi.
Je n'en puis mais, si je m'émeus :
Ne vois venir avril ni mai,
Voici la glace.
Or suis entré en male trace ;
Les trahiteurs de pute extrace
M'ont mis sans robe.
Le siècles est si plein de lobe !
Qui auques a, si fait le gobe ;
Et je, que fais,
Qui de pauvreté sens le fait ?
Griesche ne me laisse en paix,
Moult me dérroie,
Moult m'assaut et moult me guerroie ;
Jamais de ce mal ne garroie
Par tel marché.
Trop ai en mauvais lieu marché ;
Les dés m'ont pris et emparché :
Je les claims quitte !
Fol est qu'à leur conseil habite :
De sa dette pas ne s'acquitte,
Ainçois s'encombre ;
De jour en jour accroit le nombre.
En été ne quiert-il pas l'ombre
Ni froide chambre,
Que nus lui sont souvent les membres :
Du deuil son voisin ne lui membre,
Mais le sien pleure.
Griesche lui a courru seure,
Dénué l'a en petit d'heure,
Et nul ne l'aime.
Cil qui devant cousin le clame
Lui dit en riant : « Ci faut trame
Par lècherie.
Foi que tu dois sainte Marie,
Cor va ore en la Draperie
Du drap accroire ;
Si le drapier ne t'en veux croire,
Si t'en revas droit à la foire
Et va au Change.
Si tu jures Saint Michel l'ange
Que tu n'as sur toi lin ni lange
Où ait argent,
L'on te verra moult beau sergent,
Bien t'apercevront la gent :
Créüs seras.
Quand d'ilueques remouveras,
Argent ou faille emporteras. »
Or a sa paie.
Ainsi vers moi chacun s'apaie :
Je n'en puis mais.

 

   
 

 

 

 

 

Chanson de toile
anonyme

Lou samedi a soir fat la semainne.
Gaiete et Oriour, serors germaine,
main et main vont bagnier a la fontaine.
Vante l'ore et li raim crollent,
 ki s'antraimment soweif dorment.
 
L'anfes Gerairs revient de la cuitainne
S'ait chosit Gaiete sor la fontainne :
antre ces bras l'ait pris, soueif l'a strainte.
Vante l'ore et li raim crollent,
ki s'antraimment soweif dorment.
 
Quant auras, Oriour, de l'ague prise,
reva toi en arriere, bien seis la ville.
Je remainrai Gerairt, ke bien me priset.
Vante l'ore et li raim crollent,
ki s'antraimment soweif dorment.
 
Or s'an vat Oriour teinte et marrie.
Des euls s'an vat plorant, de cuer sospire,
cant Gaiete sa suer n'anmoinet mie.
Vante l'ore et li raim crollent,
ki s'antraimment soweif dorment.
 
 Laise, fait Oriour, com mar fui nee !
J'ai laxiet ma serour an la vallee :
l'anfes Gerairs l'anmoine an sa contree.
Vante l'ore et li raim crollent,
ki s'antraimment soweif dorment.
 
L'anfes Gerairs et Gaie s'an sont torneit.
Lor droit chemin ont pris vers la citeit.
Tantost com il i vint, l'ait espouseit.
Vante l'ore et li raim crollent,
ki s'antraimment soweif dorment.

 

 

 
       

 

 

 




 

 





 

 

Dernière mise à jour : dimanche 17 juin 2007